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Ça va aller !


La plupart des créations artistiques ou littéraires ont des connotations bien ancrées dans le style de leur époque. Les dialogues ampoulés de Marcel Proust seraient inimaginables dans un livre de Guillaume Musso (et réciproquement). « On ne causait pas pareil avant »...

Si l'on « cause » peinture, Léonard de Vinci avait costumé les protagonistes de son tableau « La Cène » avec une emphase visuelle que n'aurait pas osé le faire David quatre siècles plus tard. Idem pour Chanel et Jean Paul Gaultier. Pour Picasso, suis moins sûr... Il y en a qui feront à contre-courant, ou de manière radicalement inclassable. Appelons ça des avant-gardistes.

Le cinéma, en tant que reflet de la fausse ou vraie vie, en est le principal représentant de façon volontairement / involontairement intégrée aux scènes, décors, dialogues, couleur, ambiance, son, bref, l’expression parfaite d'une temporalité, ou de son éventuel décalage. Quant aux dialogues, pour une scène semblable, un cow-boy s'exprimant dans un film de John Ford l'aurait fait autrement dans un film de Sergio Léone, et n'en parlons même pas, dans un métrage de Tarantino !

Mais depuis pas mal d'années, dans tous les films américains - je dis bien TOUS, vous pouvez vérifier - il y a un tic redondant à un moment donné de l'action, ou de l'inaction : crack, la phrase charnière qui se pointe dans le dialogue, pour rassurer l'autre personnage, mais surtout le spectateur. Lesdits spectateurs - majoritairement américains - sont des petites choses fragiles, il faut les consoler de temps en temps, car si les scènes sont trop intenses sur la longueur, ils risqueraient de faire un « nervous breakdown » et de ne pas aller au bout du film. Le 7eme art du dosage...

Alors, que ce soit le GI sur le champ de bataille qui se jette sur le copain blessé par une mine, la nana dégoûtée qui se jette au cou de son vieux copain d'enfance pour se consoler de s'être fait larguer, pendant l'accident dans la rue, l'explosion de l'attentat, ou même dans la bonne grosse comédie dans un moment moins délirant qui toucherait à l'intime, on a un des protagonistes qui nous sort soudain l'expression qui tue :
- Ça va aller !

Le gars perd ses tripes à côté de la carcasse du tank qui brûle, on est sûr qu'il va y passer ! Mais non : « Joe, ça va aller ! ».

Peut-être d'ailleurs que ça va aller, mais franchement est-il besoin de nous sortir ça tout le temps ? Le tic de scénario tout-terrain ! Ça devient même une obsession pour moi, une forme de gag, un automatisme presque malsain :  au cinéma il est arrivé que je me laisse aller en plein visionnage du film et à l'audition de la phrase, au grand étonnement de mes voisins, de crier :
- Et tac, ça y est !

Devant la TV avec ma compagne, le film commence, et déjà je guette l'arrivée immanquable de la phrase, je la préviens « Tu vas voir, tu vas voir ! ». Ce qui est, je vous l'accorde, ambigu, car on va plutôt « entendre »... J'en arrive même à pressentir le moment où ça va arriver. Quand la scène se précise (la fille est par terre - après que l'immeuble se soit effondré et qu'elle-même soit coincée sous une poutre métallique - le héros se pointe, s'agenouille près d'elle, la musique baisse d'intensité) et moi je me dresse sur mon canapé en exultant « Attention attention, on est bon, on va y avoir droit ! » :

- It'll be ok ! Ça va aller !

YES !! Je suis devenu un expert du « Ça va aller » yankee !

D'ailleurs, je suis très heureux, car ce pamphlet va pourrir votre prochaine - voire vos futures - séances quand vous visionnerez un film made in USA ; vous aussi vous allez guetter inconsciemment tout le long pour vérifier mes dires ! Et lorsque vous allez l'entendre, vous vous direz :
- Wow, c'est vrai qu'Il avait raison, l'Autre ! » en parlant de moi. Oui, parce que, avouez que parfois, vous parlez aussi mal que ça...

Soyez gentil(s), envoyez-moi le nom du film par e-mail, que je le rajoute à ma collec !

En société aussi, on a envie de dire de temps en temps : « Ça va aller ». Il arrive même qu'on le dise à des proches, par réflexe, quand une mauvaise nouvelle se pointe dans la discussion. Un bon encouragement, pour inutile qu'il soit, nous dédouane tellement plus facilement qu'une implication éventuelle ! Tout juste si on ne rajoute pas un « Mais non, mais non... Je suis SÛR que ça va aller ».

Je sais, je suis horrible. Mais c'est un peu pour ça que vous m'aimez ?

Ne vous inquiétez pas, ça va aller...

 


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